Avant la minimale et le HYPE Techno existe le HARDCORE, mais celui là ne serait rien sans la présence parfois suave et tantôt épicée de CECILE, et oui des femmes toujours des femmes, mais Cécile c’est dix ans de présence et de combats pour cette section sonore réussis haut la main ! Nous allons donc vous présenter la dame du harcore à Paris,
N : Parle nous de tes débuts, comment as tu découvert le hardcore?
J'ai écouté les premiers mixs électro-house au Boy en 1987.
Dès ce moment-là, j'ai suivi l'évolution de cette musique en allant chaque week end dans des clubs gays ou dans les premières raves (Invaders, Fantom, Mozinor...)
Le Hardcore c'est venu après.
Le premier mix à consonance Hardcore qui m'a réellement impressionné, dont je me souviens, c'est Liza N'Eliaz à L'abbaye de Moncel (1993). A cette époque où les genres étaient moins définis, j'avais été frappée par la radicalité et l'intensité qui se dégageaient de son set.
C'est à partir de ce moment-là que je me suis réellement intéressée au Hardcore, en même temps que de nombreux DJs et compositeurs, à Paris, New York ou Rotterdam se tournaient vers ce son extrême (Manu Le Malin, Rob Gee, Marc Arcadipane, Miro, Laurent Ho,...)
Dès 1994, alors que je travaillais chez BMG, j'ai commencé à poser les premières bases du label EPILEPTIK. En 1995, j’ai signé une première compilation Transe « In Transe » en collaboration avec BMG, en revanche j’échouai à sortir une compilation 100% Hardcore car avec ce son là, cette fois ci, personne n’a voulu me suivre.
En 1998, j’ai décidé de produire en indépendant la musique que j’aimais. En mai je sortais mon premier vinyle CHAPPY The PLUMBER avec le fameux « Hardcore Moi j’dis ! », qui est devenu un classique des Frees Hardcore. EPILEPTIK était né.
N. Quelle est la raison de cette passion pour ce
mouvement ?
Pour moi, on ne peut pas réellement parler de mouvement, c'est réducteur. Au départ, les teufs réunissaient un public extrêmement hétérogène. Tout était nouveau : la musique, l’ambiance, les rendez-vous secrets aux portes de Paris qui nous entraînaient dans des hangars perdus en grande banlieue.
J'ai vécu chaque teuf comme une expérience sensorielle, dansante, comme quelque chose d'unique. Chaque soirée était une progression constante vers une plus grande intensité, On était là, on était bien, et on ne se préoccupait pas de définir la musique selon des genres précis.
C'était tellement nouveau que cela s'adressait vraiment à tous, c’était une transe collective qui réunissait des gens de tous les horizons, il y avait un parfum libertaire, magique qui m'a profondément marquée.
Aujourd'hui on est plus habitué, plus exigeant, plus connaisseur. On a perdu notre virginité.
N : Pourquoi as tu choisi le nom epileptik?
Dans les soirées, la musique prend le contrôle du corps : c'est la transe, le corps bouge tout seul comme habité par le son.
C'est cette perte de contrôle du corps que j'ai exprimé à travers le nom Epileptik
C'est vrai aussi qu'il y a une certaine noirceur dans le mot Epileptik (qui renvoie à une maladie), mais cette noirceur est présente dans le Hardcore, dans le boum-boum machinique, industriel, obsédant. C’est très libérateur mais c’est vrai que ça peut aussi avoir un côté angoissant en apparence. Je comprends qu’il y ait des gens que cette musique effraie au premier abord. Pour moi les basses fréquences continues et régulières sont plutôt rassurantes et ont presque un côté maternel. Si on fait la démarche de rentrer dans cette musique, on peut se lover dedans et se laisser submerger, bercer par ses ondes telluriques. Ca donne de l’énergie, c’est ça aussi la fête. Enfin je voudrais dire à tous ceux à qui le Hardcore fait peur, il n’y a pas de quoi, il y a beaucoup d’humour et de jeu dans le Hardcore (jeux de mots, utilisation intempestive de samples, gimmicks et ritournelles sarcastiques, mélodies pompiers et frénésies rythmiques …).
N : Quelles sont les axes principaux de ce label ?
Je ne peux pas vraiment parler d'axe, j'ai toujours fonctionné aux coups de coeur.
J’ai toujours privilégié la multiplicité des genres plutôt que le clonage outrancier. Et c’est dans cet esprit qu’on a notamment signé des artistes aussi différents que Cardiak, Celsius, Dr Macabre aka Lunatic Asylum, Matt Green, The Destroyer, Bryan Fury, MiBo, Empatysm, Budburnerz, Radium, Alcore ainsi que des DJ’s comme Traffik, Mark N, Simon Underground, Drokz, DJ Freak, Endymion, Daisy, Armaguet Nad, Nitric, AK47, Obiwan, Lobotomix ou Speedyqs : ça va du Breakcore anglais à la Rave music en passant par le Frenchcore ou l’Indus.
N : Quels sont tes critères de sélection pour que ton envie s’anime de produire un artiste?
Le coup de coeur, mais c'est vrai que j'adore les mélodies, un certain lyrisme dans le Hardcore.
N : Quel est ton rythme de production ?
Les vinyles entre cinq et huit par an. Les Cds on en produit presque plus car le marché s'effondre. On réfléchit pour notre positionnement sur le web. La gratuité est un problème.
Comment rémunérer ces artistes ? C"est le vrai défi que nous devons relever aujourd’hui, nous autres producteurs de musique indépendants, si nous voulons continuer à produire, faire découvrir de nouveaux talents.
N : Quels sont les plus importants événements que tu as mis en place ?
Enschede en Hollande en 2005, Tellurik 1 et 2 au Zenith de Nancy en 2006 et 2007. A chaque fois plus de 4000 personnes.
La dernières soirée au Cabaret Sauvage au mois de février 08 a très bien marché et nous avons même du refuser du monde. Comme quoi, le public répond présent pour des grosses soirées avec des line-up de qualité.
N : Qui sont les artistes que tu as mis au devant de la scène
Traffik
Matt Green
Daisy
Cardiak
Celsius
Si différents soient-ils, leur talent m'a séduit et j'ai toujours organisé des tournées importantes pour les faire connaitre en France et à l'international
N : Quelle est ton actualité ?
EPK039 (Nitrik/ Daisy/ Alcore) et EPK040 (DROKZ / ALCORE) et le double vinyle EPKHS15 Ovni Trip de Cardiak, issu de son dernier album Cd : trois vinyles à sortir dans les prochains mois, plus un DVD rétrospectif sur les dix ans du label pour la fin de l’année.
N : Quels sont tes projets et axes de développement futurs ?
Quelques prods et des soirées. Globalement je continue les activités mais dans de nouveaux lieux avec d'autres partenaires… Mais toujours du son très FORT, des ambiances électriques, des surprises, de l'humour.
N : Parle nous de ton magasin de disques :
Je viens de fermer le magasin. Tout est en vente désormais sur le site
www.epileptik.com
On est aussi présent dans pas mal de soirées et d’événements Techno de la capitale (La Loco, Technopole et dans les Technivals) Quinze ans après, la passion est intacte.
So long Hardcore Freaks Ravers …
Merci Cécile.